Le Royal Gourmet 4+1 brûleurs en acier inoxydable joue une carte simple et assumée : donner à moins de 350€ une puissance et une capacité que la plupart des marques établies facturent 500 à 600€. Quatre brûleurs principaux, un réchaud latéral, 14,5 kW au total, un thermomètre intégré au couvercle et une carrosserie inox. Sur le papier, c’est une fiche technique de barbecue gaz haut de gamme vendue au prix d’un modèle intermédiaire. Reste la question qui compte vraiment : qu’est-ce qui a été sacrifié pour arriver à ce tarif, et est-ce que cela pénalise l’usage au quotidien ?
Une configuration pensée pour les grandes tablées
La première chose à comprendre avec ce modèle, c’est qu’il ne s’adresse pas à tout le monde. Sa raison d’être, c’est le volume. Quatre brûleurs alignés couvrent une grille suffisamment large pour servir 8 à 10 personnes en une seule fournée, sans faire attendre les premiers arrivés pendant qu’on relance une deuxième série.
C’est un point souvent sous-estimé au moment de l’achat. Sur un barbecue à deux ou trois brûleurs, recevoir dix convives implique de cuisiner en deux ou trois vagues, avec des viandes qui refroidissent et un hôte bloqué devant l’appareil pendant tout le repas. Ici, vous chargez la grille une fois, vous gérez vos zones, vous servez tout le monde ensemble.
Le réchaud latéral — le « +1 » du nom — complète cette logique de service. Il s’agit d’un brûleur indépendant sur la tablette droite, alimenté par la même bouteille, capable d’accueillir une casserole ou une poêle. Sauce barbecue à réduire, oignons à faire revenir, plat de légumes à garder au chaud : tout ce qui vous obligerait normalement à faire des allers-retours vers la cuisine se traite sur place. Sur un barbecue destiné aux grandes tablées, ce n’est pas un gadget mais un élément cohérent avec le reste de la conception.
Puissance et comportement en cuisson
Les 14,5 kW annoncés placent ce Royal Gourmet nettement au-dessus de la moyenne de sa catégorie. Un barbecue gaz d’entrée de gamme à 4 brûleurs plafonne souvent autour de 10 kW — c’est d’ailleurs le cas du Royal Gourmet 4 brûleurs classique, le modèle inférieur de la marque.
Concrètement, la montée en température demande une dizaine de minutes couvercle fermé pour atteindre une chaleur de saisie. Ce n’est pas un record absolu, mais c’est cohérent avec le volume à chauffer. L’intérêt de cette réserve de puissance apparaît surtout à pleine charge : quand la grille est couverte de viandes froides, la température chute inévitablement. Sur un appareil sous-dimensionné, elle ne remonte jamais vraiment et les pièces finissent par cuire dans leur propre jus. Ici, il y a assez de puissance pour encaisser le choc thermique et continuer à saisir correctement.
Les quatre brûleurs étant réglables indépendamment, la cuisson en deux zones se met en place naturellement : deux brûleurs à fond pour marquer les viandes, deux au minimum ou éteints pour finir en chaleur indirecte. C’est la technique la plus utile à maîtriser sur un barbecue gaz, et une grille de cette largeur la rend particulièrement confortable — notre guide de la cuisson en deux zones détaille la méthode pièce par pièce.
Le thermomètre intégré au couvercle mérite une mention. Sur ce segment de prix, il est fréquemment absent ou purement décoratif. Celui-ci donne une indication exploitable de la température de dôme, suffisante pour piloter une cuisson indirecte de poulet entier ou de rôti. Il ne remplace évidemment pas une sonde à cœur, seul instrument fiable pour juger d’une cuisson, mais il évite de naviguer complètement à l’aveugle.
Construction, matériaux et montage
L’acier inoxydable est l’argument commercial central du modèle, et il mérite d’être nuancé. L’inox couvre les surfaces exposées — capot, façade, tablettes — et non l’intégralité de la structure. C’est la norme sur ce segment, y compris chez des marques mieux installées, mais il faut le savoir pour ne pas acheter en pensant récupérer un appareil intégralement inox.
Cela dit, ce sont précisément les parties les plus exposées à la pluie et à l’humidité qui bénéficient du traitement, ce qui est le bon arbitrage pour un barbecue destiné à rester au jardin. La contrepartie est esthétique : l’inox marque les traces de doigts et les micro-rayures plus qu’un acier émaillé porcelainé. Un essuyage régulier suffit à maintenir l’aspect.
Le montage est le principal point de friction. Comptez 1h30 à deux personnes, parfois davantage. La notice est illustrée mais laconique, la visserie abondante, et certaines étapes exigent de vérifier l’orientation des pièces avant de serrer — une erreur à ce stade se paie en démontage. Ce n’est pas propre à Royal Gourmet, c’est le lot de la quasi-totalité des barbecues gaz à 4 brûleurs, mais ne prévoyez pas de monter l’appareil une heure avant l’arrivée de vos invités.
Une fois assemblé, l’ensemble est stable et lourd. Les roulettes permettent de le déplacer sur une terrasse plane, mais ce n’est pas un appareil qu’on range dans un garage après chaque usage. Considérez-le comme un équipement fixe.
Entretien et durabilité
Comme tout barbecue gaz, la longévité dépend directement de l’entretien. Les points de vigilance sont classiques : brosser les grilles à chaud après chaque cuisson, vider régulièrement le bac de récupération des graisses, et vérifier une à deux fois par saison que les orifices des brûleurs ne sont pas obstrués par des résidus ou des insectes — c’est la première cause de flamme irrégulière ou d’allumage capricieux. Si vous rencontrez ce type de symptôme, notre guide sur le barbecue gaz qui ne s’allume pas reprend le diagnostic dans l’ordre.
Une housse de protection est vivement recommandée. L’inox résiste à l’humidité, mais les parties internes, la visserie et le brûleur latéral apprécient d’être abrités, en particulier pendant la période hivernale. Notre guide d’entretien et de nettoyage détaille la routine complète, saison par saison.
Avec ce niveau de soin, cinq à six saisons d’usage régulier constituent un objectif réaliste. Il faut être lucide : on ne vise pas ici les quinze ans d’un Weber Spirit accompagné de sa disponibilité de pièces détachées. Royal Gourmet est une marque moins implantée en France, et le service après-vente comme l’approvisionnement en pièces sont plus incertains. C’est le compromis principal du produit, et il est directement lié à son positionnement tarifaire.
Face à la concurrence
À 349,99€, ce Royal Gourmet occupe une place particulière. Un Weber Spirit E-410 offre une qualité de fabrication supérieure, un écosystème d’accessoires complet et une garantie solide — mais à un tarif nettement plus élevé pour une puissance comparable. L’écart de prix se paie en durabilité et en tranquillité d’esprit, pas en performance brute de cuisson.
Face à l’Alice’s Garden Treville, plus soigné sur le design et l’intégration visuelle dans un jardin, le Royal Gourmet l’emporte sur la puissance disponible et la présence du réchaud latéral. Et par rapport au Royal Gourmet 4 brûleurs classique de la même marque, environ 80€ moins cher, la différence porte sur les 4,5 kW supplémentaires, l’inox et le brûleur latéral : un surcoût qui se justifie si vous recevez souvent, et pas du tout si vous cuisinez pour quatre.
Si vous hésitez encore entre les technologies elles-mêmes, notre comparatif électrique, gaz et charbon 2026 pose les arbitrages avant même de choisir un modèle.
Pour qui est-il fait ?
Ce barbecue s’adresse à un profil clair : celui qui reçoit régulièrement 8 personnes ou plus et veut la simplicité du gaz sans payer le ticket d’entrée des grandes marques sur ce format. Grandes familles, maisons avec jardin, amateurs de repas de groupe le week-end — c’est là qu’il prend tout son sens.
Il est en revanche mal adapté à trois situations. Sur un balcon ou une petite terrasse, son encombrement et son poids sont disproportionnés — orientez-vous plutôt vers un modèle compact. Pour un foyer de deux à quatre personnes, vous paierez pour une puissance et une surface que vous n’exploiterez jamais. Et si vous cherchez les saveurs fumées authentiques, ce modèle est exclusivement gaz : aucun mode charbon, aucun compromis possible de ce côté.
Notre verdict
Le Royal Gourmet 4+1 brûleurs inox tient sa promesse, à condition d’acheter en connaissance de cause. Les 14,5 kW ne sont pas un argument creux : ils se traduisent par une vraie capacité à cuire pour dix personnes sans effondrement de température. Le réchaud latéral, le thermomètre intégré et l’habillage inox complètent une proposition cohérente, bien au-dessus de ce que le prix laisse attendre.
Les limites sont connues et acceptables à ce tarif : un montage long, un appareil lourd et peu mobile, un inox partiel plutôt qu’intégral, et surtout un réseau de pièces détachées moins établi que celui des grandes marques. Aucun de ces points n’affecte la qualité des grillades ; ils affectent la tranquillité à long terme.
Si votre besoin réel est de cuisiner souvent pour de grandes tablées et que votre budget plafonne sous 400€, c’est aujourd’hui l’une des propositions les plus cohérentes du marché. Si vous cherchez un appareil à transmettre à la génération suivante, il faudra viser plus haut. Note : 4,4/5.
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